Lutte contre les déchets abandonnés : le retour d’expérience de la Communauté d’agglomération des Sorgues du Comtat (CASC)

Ramasser ne suffit pas 

Nettoyer, encore et encore. C’est la réalité quotidienne de la plupart des services techniques, et c’est une course sans fin tant que les causes restent inconnues. Pour réduire durablement les déchets abandonnés, il faut savoir où ils se concentrent, pourquoi ils s’accumulent, et quels comportements les génèrent. 

En 2024, la Communauté d’agglomération des Sorgues du Comtat (CASC) engage la construction de son Plan de lutte contre les déchets abandonnés (PLDA), avec le soutien de l’éco-organisme Citeo. Plutôt que de lancer directement des actions, l’intercommunalité consacre une partie des soutiens financiers perçus à un accompagnement par MerTerre : bénéficier d’une expertise extérieure, tout en formant ses propres équipes. 

La démarche est co-construite avec Lola Holodiuk, alors cheffe de la politique des déchets de la collectivité. 

Un diagnostic construit avec le territoire 

Première étape : l’état des lieux. Les équipes de MerTerre recensent les données existantes, analysent les actions déjà engagées – préventives, curatives et répressives – et mobilisent les acteurs locaux. Quatre ateliers réunissent services techniques, élus et associations, pour partager les connaissances de terrain, former les participants à la caractérisation des déchets et identifier collectivement les leviers d’action. 

Cartographie des 22 hotspots de déchets abandonnés sur le territoire des Sorgues du Comtat.

Le résultat est une cartographie précise. Vingt-deux zones d’accumulation, ou « hotspots », sont identifiées : sept concentrent une forte densité de mégots, quinze sont particulièrement touchées par les déchets liés à la consommation nomade. 

L’analyse est complétée par une enquête auprès d’une centaine d’habitants, sur six sites répartis dans cinq communes. L’objectif : comprendre comment les usagers perçoivent la propreté. Un point loin d’être secondaire, car la manière dont un espace est perçu influence directement les comportements que l’on y adopte. 

En croisant les données objectives et la perception citoyenne, le diagnostic permet de prioriser les interventions. Plus d’une trentaine de préconisations sont formulées, chacune ciblée selon les types de déchets et les publics concernés. 

Quand la sensibilisation passe par l’art 

Parmi les actions proposées, l’une marque particulièrement les esprits. L’éco-artiste Biiom, identifié via la plateforme Zéro Déchet Sauvage, confectionne trois poissons composés de déchets, exposés sur le lac de Monteux. 

Dans ton assiette, 2025, déchets plastiques, bois et acier.

Le choix répond à une volonté claire de la collectivité : toucher au-delà du cercle des professionnels. Là où un rapport technique s’adresse aux initiés, une œuvre interpelle les passants, suscite l’émotion et ouvre le dialogue. En exposant des poissons faits de nos déchets, la collectivité rend tangible le trajet d’un mégot ou d’une canette, du trottoir jusqu’au vivant. 

Deux ans plus tard : ce qu’il en reste 

C’est là que se mesure la valeur d’un accompagnement, dans ce qui subsiste une fois le projet clos. Entre-temps, la cheffe de projet a quitté la collectivité. La démarche, elle, a tenu. 

Stéphanie Dauberte, cheffe de la politique des déchets de la collectivité CASC.

Stéphanie Dauberte, qui a succédé à Lola Holodiuk, en témoigne : « Le diagnostic nous a été particulièrement utile pour savoir où concentrer nos actions sur les déchets abandonnés. Le recensement des hotspots a servi de boussole. Côté sensibilisation, la CASC a déployé des cendriers muraux et corbeilles de tri « bi-flux », mobilisé des éco-ambassadeurs sur les événements, remis des cendriers de poche aux organisateurs et publié un Guide pratique des déchets ménagers. Les infrastructures ont suivi : un numéro unique pour les encombrants, une signalétique repensée en déchetterie, des horaires plus lisibles pour les administrés. Face aux dépôts au sol, la collectivité agit sur plusieurs fronts : barrages anti-déchets à Sorgues, équipe dédiée au nettoyage des pieds de colonnes, logiciel de suivi du taux de remplissage, test de collecte le week-end. Elle a également créé une Brigade proximité environnement, chargée d’identifier les auteurs de dépôts sauvages en lien avec la police municipale  et actuellement en cours d’assermentation pour verbaliser de façon autonome. Dernier signe que la méthode a essaimé : lors des ramassages citoyens, les éco-ambassadrices appliquent désormais la technique de caractérisation transmise par MerTerre. La compétence est restée sur le territoire. »

Ce que MerTerre apporte aux collectivités 

Chaque territoire a ses déchets, ses acteurs et ses moyens. C’est pourquoi MerTerre co-construit chaque accompagnement avec la collectivité, à partir de ses besoins, de ses contraintes et de ses priorités. Comprendre avant d’agir, mobiliser plutôt qu’imposer, outiller pour durer : les Sorgues du Comtat en offrent une preuve concrète et reproductible. 

Vous êtes une collectivité et souhaitez agir contre les déchets abandonnés sur votre territoire ? Écrivez-nous : un premier échange d’une heure suffit à cadrer vos besoins et à identifier les financements mobilisables (soutiens des éco-organismes, notamment). 

Camille Curiant : camille.curiant@mer-terre.org 

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