À l’occasion de la Journée européenne de la mer, MerTerre revient sur 40 ans de recherche scientifique qui ont transformé la lutte contre les macrodéchets marins et sur le rôle déterminant des associations dans la mise en œuvre du cadre réglementaire.
Une réalité qui change la perspective
80 % des déchets qui finissent en mer viennent de la terre. Et 85 % de ces déchets sont du plastique.
La lutte contre la pollution marine se joue d’abord à terre, dans nos rues, nos réseaux urbains et nos bassins versants. C’est ce que 40 ans de recherche scientifique établissent sur la gestion des macrodéchets du littoral méditerranéen.
Des impacts biologiques massivement documentés
Au moins 43 % des espèces de cétacés, 36 % des espèces d’oiseaux marins and l’ensemble des espèces de tortues marines sont aujourd’hui affectées par les macrodéchets : ingestion, piégeage, transfert de polluants chimiques dans la chaîne alimentaire.
En Méditerranée, certaines zones contiennent désormais autant de microplastiques que de zooplancton. Cette accumulation transforme nos écosystèmes marins en un environnement où le plastique remplace progressivement la base de la chaîne alimentaire.
La caractérisation, fondement juridique de l’action publique
En 2016, les données de caractérisation issues de programmes de monitoring, de projets de recherche et de campagnes de ramassage ont été compilées dans un rapport de référence. Ce rapport a servi de socle scientifique à la Directive européenne SUP (Single Use Plastic, 2019).
Ces données ont démontré que les produits plastiques à usage unique dominent massivement les pollutions de plages européennes. Sans ces preuves, impossible d’interdire un produit ou de faire payer son producteur pour le ramassage. La caractérisation est le fondement juridique de l’obligation.
Les trois mesures phares rendues possibles par ces données
1. L’interdiction de mise sur le marché du « top 10 » des produits plastiques à usage unique les plus retrouvés sur les plages européennes.
2. Le marquage obligatoire sur les produits contenant du plastique mais non interdits, signalant leur composition et l’impact d’une mauvaise élimination.
3. La Responsabilité Élargie du Producteur (REP) : pour la première fois, les producteurs doivent couvrir non seulement les coûts de gestion classique des déchets, mais aussi les coûts de nettoyage des déchets abandonnés dans la nature.
Un cadre réglementaire qui s’épaissit progressivement
La Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (2008) a posé les premiers jalons en intégrant les déchets marins parmi les descripteurs du bon état écologique. La loi AGEC (2020) et l’extension des filières REP aux déchets abandonnés diffus ont prolongé cet effort à l’échelle nationale.
À l’échelle internationale, le traité ONU sur le plastique est en négociation depuis 2022. Un moment clé pour passer du patchwork national à un cadre contraignant.
Mais le cadre ne suffit pas. Loin de là.
Sans les acteurs de terrain, les politiques publiques restent difficiles à appliquer et à évaluer concrètement.
C’est précisément là que les associations deviennent structurantes à l’interface entre collectivités, citoyens et donnée scientifique.
Zéro Déchet Sauvage : la preuve par l’action collective
Cette conviction guide MerTerre depuis 26 ans. Elle a donné naissance en 2019 à la plateforme nationale de sciences participatives Zero Dechet Sauvage, soutenue par le Ministère de la Transition Écologique et développée en partenariat avec le Muséum National d’Histoire Naturelle.
Aujourd’hui, cette plateforme rassemble :
- 780 structures fédérées en France métropolitaine et Outre-mer
- 5 600 ramassages organisés depuis 2019
- 155 000 participants mobilisés
- Près de 5 700 m³ de déchets abandonnés collectés et caractérisés selon une méthodologie scientifique standardisée
Chaque ramassage devient une donnée. Chaque donnée alimente les diagnostics des collectivités. Chaque diagnostic oriente une décision publique.
Pour aller plus loin
Ces analyses sont développées par Isabelle Poitou, directrice et fondatrice de MerTerre, dans le chapitre « La gestion des macrodéchets du littoral en mer Méditerranée » de l’ouvrage collectif La mer Méditerranée : changement climatique et ressources durables (Demeester & Mercier dir., Presses Universitaires d’Aix-Marseille, 2022). Accès libre sur OpenEdition Books.
👉 Rejoignez la plateforme Zéro Déchet Sauvage : zero-dechet-sauvage.org
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